mercredi 21 juin 2017

" - Les messagers de Wolf sauront où et comment vous trouver. Ils viendront vers vous. Si vous êtes vigilant, vous ne pourrez pas les rater." - Hôtel Receptor


"Mais lorsque Igor entra dans sa chambre, une grosse tache noire obstruait la fenêtre. [...] à y regarder de plus près, Igor distingua des touffes de plumes écrasées contre la vitre. Lorsqu'il effleura le carreau, la masse noire se mit à remuer et une tête d'autruche apparut, tordant son long cou derrière son dos. L'oiseau essayait de pousser la fenêtre de son front, et comme la vitre lui résistait, l'animal s'irrita et se mit à frapper avec son bec. Igor ouvrit. Il mit du temps à saisir ce que l'oiseau lui voulait: Igor devait monter sur son dos. Déjà l'autruche montrait des signes d'impatience, elle étirait ses longues pattes l'une après l'autre pour montrer à quel point cette position assise lui était inconfortable. Igor revêtit son manteau, grimpa sur le rebord de la fenêtre et s’agrippa à l'oiseau. Sans attendre, l'autruche se dressa sur ses pattes et s'élança du toit. Elle se laissa tomber à pic. Les étages de Receptor défilèrent à toute vitesse. Igor et l'oiseau aux membres mal dégrossis allaient s'écraser sur le tapis en caoutchouc devant l'entrée quand, soudain, à l'approche du cinquième étage, l'autruche se mit à battre des ailes de toutes ses forces. Elle se maintint à une altitude égale. Puis elle se mit à voler à grands battements d'ailes.
[....]
Dans ses efforts, l'autruche soufflait fort. Elle émettait de petits sons, comme un murmure. Depuis le début du voyage, elle semblait répéter une même formule mal articulée, à peine audible. L'oiseau atterrit de l'autre côté du canyon. Emporté par son élan, il courut à toute vitesse sur le sol rocailleux, ralentit, freina, et s'effondra d'un seul coup. Igor se releva. L'autruche ne remuait plus. Il secoua l'oiseau, en vain. C'est alors que sa main rencontra une mince chaîne autour du cou de l'autruche, à laquelle un message était accroché. Igor s'en saisit:
"J'espère que vous avez passé un agréable voyage. Maintenant, à vous de poursuivre la route par vos propres moyens. [....] Ne vous occupez plus de moi, nous autres, autruches, devons récupérer plusieurs jours après un tel effort." "
(extrait de "Hôtel Receptor" de Raia DEL VECCHIO, Phébus; source photo)

samedi 10 juin 2017

"- Ah oui ? C'est quoi la vie? C'est où?" - Kinderzimmer

Je ne fais plus d'avis de lecture. Plus le temps. Non, c'est faux. Le temps je pourrais l'avoir, le prendre d'ailleurs et retrouver le plaisir de parler d'un livre opportun.
Je n'en ai plus le courage, cela reviendra ou pas.

Il y a tout de même des lectures que je ne peux pas taire, de celles qui vous chamboulent, qui seront bien dans une pile de livres à relire. "Kinderzimmer" de Valentine GOBY fait partie de ces livres, un coup de poing dans le plexus.
Une descente aux enfers, les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale, des moments de présent pur où la vie doit prendre le dessus. Une morsure d'un chien de SS évitée, et voilà l'espoir. Il est si ténu. Mila arrive au camp avec sa cousine et enceinte. Elle décrit ses corps décharnés, ce manque d'humanité, ces squelettes ambulants plus proches de la mort, de la pourriture, de la décomposition que d'un semblant de vie. Et il y a ce pincement au corps, ce ventre dur, ce foetus qui sera sa perte ou son bonheur. L'Allemagne ne peut pas perdre dans le camp, mais elle ne peut pas vraiment gagner, un concert d'ongles, des pianos offerts aux vents et à la pluie, des épingles coincées dans l'entre-jambe, des morceaux de savon... Il y a un scintillement d'humanité, là, juste là... dans un brossage de dents.


"- Tu ne brosses plus tes dents. Tu ne peignes plus tes cheveux avec tes doigts. Tu ne laves plus ton visage. Les coutures de ta robe grouillent de poux. Tu t'écorches. Tes vêtements sont tachés. Tu pues.
Assise sur la paillasse, Mila ne répond pas.
- Deux nuits que je dors avec toi. Je t'ai vue au début, quand tu es arrivée. Tes cheveux blonds et lourds et ta peau de lait. Tu avais la nuque droite. Regarde-toi.
Teresa passe la main sur les cheveux de Mila, mèches crépues en boules d'algues mortes [...]
- Tu ne te mouches plus qu'avec les manches de ta veste. Tes ongles sont dégoutants. Moi je suis ici depuis trois ans. Vois mes dents. Mes ongles. Mes cheveux. J'ai fait raser ma tête pour éviter les poux. [...]
Mila essaie de dégager sa tête, de décrocher la main de la Polonaise en soulevant ses doigts un à un mais la fille serre, enfonce les joues de Mila entre les mâchoires comme on force la gueule d'un chien. De la bouche de Mila ne sort plus qu'un borborygme.
- Je ne te lâche que si tu y vas, que si tu te jettes contre les barbelés.
[...]
- Non? Tu n'as pas envie? Je t'ai vue quand ton amie est morte, j'ai vu comme tu te palpais le corps, ça te soulageait que la mort l'ait prise, elle. Je t'ai vue lui enlever son sac et lui arracher ses chaussures, des chaussures meilleures que les tiennes, et tu as tout de suite mangé son pain. Tu voulais vivre. Tu n'iras pas te jeter contre les barbelés. Mourir maintenant ou plus tard ça ne t'est pas égal. Alors debout, va te laver les dents!"

(extrait "Kinderzimmer" de Valentine GOBY, Babel Actes sud; source photographie)

mardi 6 juin 2017

Kitty Crowther

... parce que je l'adore
... parce que je ne peux pas visionner son documentaire sur la télévision belge.
... parce que je viens de découvrir qu'un de mes professeurs éphémère de Mooc littérature jeunesse, Michel Defourny, parle d'un de ses livres, "Moi et rien".
... parce que... "L'enfant racine" ici.
....
... parce que j'aimerais parler de ses livres encore et encore