jeudi 7 décembre 2017

"Son problème, c'était l'excès de pensée" - Lumikko


"Quand il regardait au loin, il voyait que le monde était rempli de gens qui cherchaient à mourir parce qu'ils ne supportaient pas le poids de leurs pensées. Au début, on trouve ça amusant, de penser, on devient facilement accro, d'autant qu'on nous y encourage dans les écoles et dans diverses activités de loisir. Et pourtant, en fin de compte, on n'y gagne que du malheur.
Talvimaa ne connaissait guère d'écrivains allant autrement que mal - et il connaissait beaucoup d'écrivains. La plupart d'entre eux souffraient d'alcoolisme, de problèmes psychiques et d'anxiété. L'excès de pensée les dévorait de l'intérieur. [...]
L'alcool rendait la pensée humaine encore plus profonde et ténébreuse, quoiqu'il procurât également de brefs instants d'apparent soulagement. Le salut se trouvait donc dans la nourriture.
Talvimaa s'était avisé de quelque chose d'important: les gens les plus heureux n'étaient guère plus que des appareils digestifs, vaguement conscients, et qui avaient parfois des orgasmes.
L'intelligence et la pensée n'étaient utiles, à tout prendre, que pour se procurer de la nourriture. Quand l'homme avait la panse pleine et un stock de nourriture à portée de main, la pensée se réduisait à la portion congrue, les soucis et les besoins tombaient peu à peu dans un parfait oubli.
Talvimaa fuyait le monde et l'excès de pensée dans son réfrigérateur, son petit monastère à lui. Pourvu qu'il mangeât avec ardeur, il n'aurait plus à se préoccuper de rien - romans non écrits, chiens, femmes, nature de l'univers, sens de la vie...
Et il savait qu'en fin de compte, il ne pleurerait plus ses doigts boudinés, ni même son pénis, qui était en voie de disparaître de l'autre côté de son bedon."
(extrait de "Lumikko" de Pasi Ilmari JÄÄSKELÄINEN, éditions 10/18; illustration extraite de "Blast" de Manu LARCENET)

- personnage impressionnant la lecture tel un ogre de conte, un assassin cousin de Prétextat Tach de NOTHOMB ou de Polza Mancini de LARCENET -

Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 2/...

Depuis quelques temps ce sont les romans graphiques qui empiètent sur mon quotidien, avec bonheur.
Voici un second billet de propositions pour adultes. Si jamais vous aviez un doute, je confirme là mes lectures sur le fil du rasoir, pleines de failles, de noirceurs mais aussi d'éblouissements. 
Des merveilles douces pour commencer: (sans ordre de préférence et avant que je fasse des billets à la énième relecture)


"L'encyclopédie des débuts de la terre" et "Les cent nuits de Hero" de Isabel GREENBERG sont des propositions de légendes, de contes, de cosmologie du monde. Un peu de mythologie nordique pour conter le nord puis une sorte de mille et une nuits féministe. Le second apporte une lecture sur ce qui fait l'homme et ses sentiments. L'humanité, création d'une enfant oiseau, attentive, émue. Ces deux propositions ne se suivent pas et peuvent se lire indépendamment l'une de l'autre.
"Lydie" de Jordi LAFEBRE et ZIDROU. Il faut le dire le scénariste Zidrou peut proposer des merveilles de sensibilité. Ici Lydie est le nouveau né de Camille, jeune fille simple d'esprit. Tout le village va accompagner cette jeune femme pour élever cette enfant perdue et revenue. Troublant de finesse, de belles émotions sans mièvrerie. 
"Les beaux étés" des mêmes Jordi LAFEBRE et ZIDROU, trilogie, dévoilent les vacances d'été d'une famille. Une année, une précédente et encore une autre, au fil des pages, de petits riens qui forment de grands bonheurs, des frustrations pouvant pourrir une relation mais surtout un amour inconsidéré des enfants et des joies partagées. Un grand bol de vent frais et de bienveillance après lecture.
"Le Club des divorcés" de Kazuo KAMIMURA en 2 tomes ou une immersion dans le Japon des années 70 en suivant le chemin d'une femme indépendante, divorcée et tenant un club. Elle est la patronne de ce bar d'hôtesses de jour et défilent les hommes attendant de la tendresse et des discussions, avec pourquoi pas un peu d'amour.
"Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée" de Sonny LIEW est une biographie inventée. Un homme de Singapour se raconterait là à travers des croquis, des projets de bandes dessinées, de fausses ou vraies pub. Une enfance, une vocation, une reconnaissance. Mais le tout est inventé, dessous l'histoire d'un pays, sa politique, une atmosphère, un déclaration d'amour pour la bande dessinée. Un hommage culturel.


"Andersen, les Ombres d'un conteur" de Nathalie FERLUT, biographie de l'auteur, mise en profondeur de certains personnages, cette bande dessinée met en avant la frustration de cet homme de n'être pas encore quelqu'un, puis pas reconnu pour toute son œuvre ou toute sa personnalité (et sexualité)
"Amer Béton" de Taiyou MATSUMOTO plonge dans un Japon fantasmé où deux enfants abandonnés, livrés à eux même, règnent. Un peu débrayés, sans peur de l'affrontement, ils effrayent la population. Le plus jeune a toujours la goutte au nez, rit beaucoup. Le plus vieux assure le quotidien, défie les malfrats, même les fameux Yakusa. C'est anguleux, fantaisiste, merveilleux et très violent! Deux âmes presque perdues. 
"Sunny" du même Taiyou MATSUMOTO est une série qui fait 6 tomes pour l'instant. Là tout est douceur et tristesse. Nous suivons un foyer de jeunes enfants au Japon: des orphelins, des laissés de côté par leurs parents. Les tomes se suivent dans une chronologie qui n'a que peu d'importance. Rien ne se passe vraiment, un quotidien fait de repas, de bagarres, d'école, de rixes avec les enfants des quartiers plus riches. Chaque tome s’approche plus près d'un enfant et entraine au cœur de ses émotions, de son attente, de sa frustration, de ses souvenirs. Magnifique sur l'enfance désolée.

Un prochain billet portera sur d'autres coups de cœur ou il faudra, pour certains, avoir le cœur (justement) bien accroché!

 

jeudi 23 novembre 2017

Les idées cadeaux que vous pouvez trouver ici

Un billet récapitulatif des thématiques Kdo. De quoi fournir de marches autour du sapin pour atteindre encore l'étoile au sommet. Pour s'en faire une couverture de réconforts. Pour y découvrir les recettes applicables de l'amour, de la haine, de la peur et du courage. Pour s'en faire un tapis volant et passer plus vite au dessus des grands malheurs. Pour sentir le vent frais de l'ailleurs.

*Lorenzo MATTOTI

Littérature jeunesse

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 1/ ... Spécial filles
J'offre des livres jeunesse... pas vous? 2/ ... Spécial documentaires
J'offre des livres jeunesse... pas vous? 3/ ... Spécial garçons

Adulte
Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 1/...
Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 2/...

Kodhja

Il arrive du désert, il a hâte. Le heurtoir choqué, les portes s'ouvrent, le voilà entre les remparts de la cité de Kodhja. Personne, ni pour surveiller les arrivants, ni pour l'accueillir. Il cherche à être reçu par le roi. Mais rien n'est simple. Il lui faudra trouver la salle du trône seul dans ce labyrinthe. Non, pas tout à fait. Un être aux multiples visages vient l'aider ou se jouer de lui.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avoir une audience avec ce roi si sage, "le seul à pouvoir lui redonner ce qu'il avait étrangement oublié sur ses années de chemin: le goût de son prénom, la place de sa tête sur ses épaules et la bonne direction à prendre pour avancer." Nombreux sont les visiteurs qui veulent la même chose. Il faut oser se perdre dans le labyrinthe de la cité, s'entêter sans faille. La cité elle-même joue des tours.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avec "Kodhja", Thomas SCOTTO et Régis LEJONC proposent un album géant aux allures de contes pour petits et grands enfants. Accompagné d'un texte clair et sobre, le héros déambule dans un univers onirique, fantasmé et empli de références culturelles. L'impact de la lecture est ainsi prolongé. Lecture offerte par un adulte sans présentations des personnages (peut-être) jusqu'à la lecture après rencontre dans d'autres univers et voilà le lecteur s'ouvrant une boite de souvenirs et d'impressions.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Les illustrations travaillent aussi de ce labyrinthe. Les aplats de couleurs amènent les personnages à être juste un élément des décors. L'impression de murs gigantesques, de brume, une certaine oppression dans les formes et les détours géométriques, chaque page tournée est une étape. Des peurs, des inspirations d'autres univers enfantins, des détours. Chaque case est fermée jusqu'à l'ouverture finale.
Superbe!

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

mardi 21 novembre 2017

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 3/... Spécial garçons

Je reprends mes billets idées cadeaux, les fêtes approchent.

Oui encore une différenciation de genre qui n'en est pas une. Parce que souvent nous cherchons par catégorie et que c'est bien pratique. Voici des suggestions que les aventurières en herbe voleront à leur frère ou cousin.

Parce que les garçons peuvent se lover dans un fauteuil et partir découvrir le monde et leur monde intérieur. Ils ont le droit aux aventures, aux monstres qui ne sont pas juste sur les écrans, aux bastons, aux coquards mais aussi à de la sensibilité.

Des liens sur des billets entiers ou une très brève description.

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Pour les plus jeunes:
- des albums



"Charles à l'école des dragons", "Charles prisonnier du cyclope" et "Charles amoureux d'une princesse" d'Alex COUSSEAU et illustrés par Philippe-Henri TURIN, je parlais du premier ici, du second
La série des "Émile" de Vincent CUVELLIER et illustrée par Ronan BADEL, j'en parle ici et ... facétieux, inconvenant, tout bonnement à adopter
La série des "Sales histoires de Félicien Moutarde" de Fabrice MELQUIOT et illustré par Ronan BADEL dont je parlais ici
"L'été de Garmann", "La rue de Garmann" et "Le secret de Garmann" de Stian HOLE
"L'ile aux trésors" de Robert Louis STEVENSON, adapté par Stéphane FRATTINI et illustré par Sébastien MOURRAIN dont je parlais ici
"Jo singe garçon" de Béatrice ALEMAGNA

- des bandes dessinées


La série des "Billy Brouillard" de Guillaume BIANCO: les aventures (ici la première), les encyclopédies curieuses et bizarres (bestiaire, ici sur les chats), les comptines malfaisantes
"Esteban" de Matthieu BONHOMME, en 5 tomes, où une aventure en mer d'un jeune indien sur un baleinier.
"Le sauvage" de David ALMOND et illustré par Dave McKEAN dont je parle ici
"Ralph Azham" de Lewis TRONDHEIM et ce lapin mis au banc de son village pour sa capacité à découvrir les femmes enceintes (fidèles ou non) et qui deviendra rebelle et sauveur de son peuple.
Tous les Snoopy de Charles Monroe SCHULZ parce que ces enfants, seuls au centre des histoires, sans adulte, parle de l'enfance mais aussi des réflexions de vie.
"Calvin et Hobbes" de Bill WATTERSON: un très jeune garçon et sa peluche tigre qui prend vit quand ils sont seuls. Des aventures, du fantastiques, des réflexions d'un petit cancre rêveur.
"Kitaro le repoussant" de Shigeru MIZUKI pour entrer dans l'univers des monstres et des fantômes japonais avec un humour un peu pipi caca (exemple le vainqueur du concours de natation est un kappa péteur)


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Pour les pré-adolescents


"Moby Dick" adapté d'Herman MELVILLE et illustré par James PRUNIER (les deux couvertures correspondent au même album) dont je parle ici
"Le garçon qui voulait devenir un être humain" adapté de Jorn RIEL et illustré par Christel ESPIE dont je parlais ici
"Méto" d'Yves GREVET un garçon d'une maison d’éducation comprend qu'il y a plus que cet univers, trois tomes fabuleux!
"Les aventures de Tom Sawyer" de Mark TWAIN dont je vous parlais ici ou "Les aventures de Huckleberry Finn" avec la traduction plus proche de l'original de Bernard HOEPPNER
"La grande épopée des chevaliers de la table ronde" de Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER, je parle du tome 1 ici.
"Harold et les dragons" de Cressida COWELL à l'origine du dessin animé "Dragons"
"Jonas le requin mécanique" de Bertrand SANTINI dont je parlais ici
"Hugo de la nuit" de Bertrand SANTINI où il est question de fantômes, de rêves.


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Pour les adolescents:


"Max et les Maximonstres" de Dave EGGERS dont je parle ici
"Le cas Jack Spark" de Victor DIXEN en 4 tomes, été, automne, hiver et printemps (en attente de réédition): une fabuleuse relecture des contes de fées dans un monde moderne. Les contes ne seraient que des versions enfantine d'une peur réelle. Les ogres, fées et autres deviennent ici des personnages à vous glacer le sang, ici et des extraits et je vous parle du tome 1 ici . J'attends toujours le tome 4: le printemps!
"Le chaos en marche" de Patrick NESS en 3 tomes, "La voix du couteau", "Le cercle et la flèche" et "La guerre du bruit". Magnifiques romans de science-fiction que vous pourrez trouver aussi dans les rayons adulte.
"Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU dont je vous parle

mardi 14 novembre 2017

La patience, fleur de distraction ou sphère de mousse


"La maman rêvait souvent des fleurs qu'elle planterait au retour du printemps. Elle les dessinait sur le pourtour intérieur de la fenêtre nord. Chaque fois qu'elle s'y asseyait pour regarder la mer, elle traçait une nouvelle fleur, tout en pensant à autre chose. Parfois, elle était surprise elle-même par ses fleurs, comme si elles avaient poussé toutes seules. Et elles devenaient de plus en plus jolies.
[...] elle était assise dans la fenêtre du sud où elle dessinait une tige fleurie.  [...] Sa tige devenait chevrefeuille, une belle fleur compliquée.
[...]  - J'aurais bine besoin d'un peu de peinture bleue, se dit la maman.
Elle avait laissé son chevrefeuille déborder l'embrasure de la fenêtre et sur le mur blanc s'épanouissait une fleur audacieuse au dessin exquis."
(extrait de "Papa Moumine et la mer" de Tove JANSSON, Nathan)

Passer d'une "fleur de distraction" à un petit noyau de patience incarnée:


"A un moment, mon père s'est retourné vers moi, mi-exaspéré, mi-amusé, pour m'expliquer quelque chose. Il m'a expliquer le mot patience. Il m'a dit que la chose la plus importante dont je devais me souvenir, c'était que, si l'on voulait vraiment voir quelque chose, il fallait parfois rester immobile, sans bouger, au même endroit, et se rappeler à quel point on voulait la voir, cette chose - en un mot, être patient. "[...] Si tu veux voir des faucons, tu dois être patiente, toi aussi." Ce qu'il faisait, c'était de me transmettre une "vérité de grande personne". Moi, je hochais la tête, l'air boudeur, le regard fixé sur mes pieds. J'avais l'impression d'entendre un sermon, pas un conseil, et je n'ai pas compris alors ce qu'il essayait de me dire.
On finit toujours par comprendre. Aujourd'hui, me suis-je dit, n'ayant plus neuf ans, ne m'ennuyant plus, j'ai été patiente et les autours sont venus. Je me suis levée lentement, les jambes un peu engourdies d'être restées si longtemps immobiles, et j'ai découvert que je tenais une touffe de mousse des rennes, une petite sphère de ce lichen arborescent gris-vert pâle, qui peut survivre à tout ce que le monde lui fait subir. Un petit noyau de patience incarnée que l'on peut garder dans l'obscurité, congeler, ou dessécher à l'en rendre cassant, mais qui refuse de mourir. Il entre en dormance en attendant que la situation s'améliore. Impressionnant. J'ai soupesé cette pelote de brindilles qui ne pesait presque rien[...]."
(extrait de "M pour Mabel" d'Helen MacDONALD, 10/18; source illustration Kops Janus, Flora Batava, Amsterdam,1853)

mardi 31 octobre 2017

Fossiles, géologie, dinosaures... paléontologie pour enfants

En achetant le dernier sorti de la collection "Dame nature", je ne peux que confirmer qu'il correspond en tous points à ce que j'aime dans les documentaires jeunesse, de la précision, de l'humour et de la curiosité aiguisée.
Ce sont toujours les mêmes formats, une double page par élément, avec une classification scientifique et son illustration la plus exacte possible, une anecdote et une accroche humoristique avec des illustrations cette fois-ci plus farfelues. Le tout est présenté par grandes thématiques avec une échelle des temps géologiques et peut se lire dans n'importe quel sens.
Voici une petite sélection paléontologique et géologique, parfaite pour accompagner une grande leçon Montessori. Nous devons le texte de ces trois livres à Martial CAROFF et les illustrations naturalistes à Matthieu ROTTELEUR.


© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD, Benjamin LEFORT / Gulfstream

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"Dinosaures délirants et fossiles affolants" du duo et illustré aussi par Pierre-Yves CEZARD met en avant la faune très populaire des premières ères de notre terre. Pour ceux qui sont déjà intéressés par le sujet, l'opabinia, le trilobite, le pikaia deviennent encore plus incarnés. La part belle est aussi faite aux grandes terreurs - il faut bien des méchants dans toutes les histoires - le mégalodon, le titanoboa, le dunkleosteus par exemple. Les thématiques sont accrocheuses, les créatures sont abracadabrantes, étonnantes à coquilles, extravagantes articulées, rampants, (dinosaures) à plumes, biscornues.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD / Gulfstream

Et puis les mises en situation sont toujours aussi amusantes, nous aurions pu être les descendants de l'hallucigenia, un robot de cet imposant boa existe, non le déluge n'est pas une donnée scientifique et les trilobites n'ont rien à y voir.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD, Marion MONTAIGNE / Gulfstream

Comme toujours aussi ce sont les doutes, les errements des scientifiques qui apparaissent aussi entre les lignes: ils se trompent, se chamaillent. Les découvertes sont nombreuses et pourquoi pas récentes (avec les nouvelles technologies), ici un serpent à pattes, un coquillage spiralé devient dentition de requin, des pattes redeviennent des épines dorsales, des écailles des plumes, de la peau réapparait, reste le charme des couleurs totalement inventées.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD / Gulfstream

Dans ce dernier livre cependant, le texte est souvent extrait de contes ou légendes et pas forcément de contenus plus aboutis, sûrement dû au fait du manque de matière sur ces spécimens. Vous y aurez même des références à certains jeux vidéos. Mais vous retrouverez le nom des découvreurs, la date donc pas de quoi piaffer tout de même.

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"Les fossiles ont la vie dure!" du duo et illustré aussi par Benjamin LEFORT nous entraine dans les premières formes de vie sur Terre. Il met l'accent sur la manière dont elles nous sont connues (le processus de fossilisation lui-même) et sur un fond scientifique important.
Les thèmes amusants (les fossiles qui se trouvaient vieux, mous, comptaient sur leurs coquilles, ont fait de vieux os, imprimaient, luttaient), présentent des échantillons caractéristiques de preuves de vie.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Benjamin LEFORT / Gulfstream

En dehors de leurs caractéristiques individuelles, c'est une classification du monde du vivant qui apparait ainsi que son évolution, des premières bactéries que sont les stromatolites jusqu'aux vertébrés.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Benjamin LEFORT / Gulfstream

Ne sont pas seulement présentés les chers dinosaures (sauropodes, théropodes) ou les mammifères marins comme les ichtyosaures mais tout un panel incluant les gastéropodes, les cnidaires, les bivalves, les brachiopodes, les céphalopodes, les insectes par exemple. La faune et l'empreinte d'un moment ne sont pas sous-estimées. Une idée des relations entre les espèces est retranscrite aussi.

A travers les pages, les grands moments de l'évolution de la vie sur terre apparaissent, des moments éphémères (en rapport à l'échelle gigantesque des ères géologiques) comme de grandes périodes: l'explosion cambrien, différentes extinctions de masse etc...
Comme à chaque fois, les scientifiques et le contexte des découvertes peut être mentionnés comme l'intérêt de chaque spécimen par exemple les fossiles stratigraphiques importants pour les repères ou d'autres offrant des énigmes à long terme.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Benjamin LEFORT / Gulfstream

C'est aussi l'occasion d'anecdote, de références littéraires ou mythologiques, la cnidaire méduse appelée ainsi en rapport avec la gorgone grecque.

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"Les pierres qui brulent, qui brillent, qui bavardent" du duo et illustré aussi par Marion MONTAIGNE
Cela peut paraitre plus compliqué de parler de pierres, parce qu'ici oui, le vulgaire caillou côtoie la pierre précieuse. Justement, le parti pris est de montrer que les pierres parfois moins extraordinaires offrent des informations sur la vie de la Terre.
Vous trouverez bien-sûr dans les huit chapitres les trois types de pierres, sédimentaires (pierres qui paressent, comme la craie), magmatiques (brulent, comme la pierre ponce) et métamorphiques (se tourmentent, comme le gneiss ayant servi à la statue taille réelle du pharaon Kephren), mais aussi les aspects de la pierre, bulleuse, vitreuse, transparente, friable, géométrique, veiné, amoncellement de coquillages etc...

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Marion MONTAIGNE / Gulfstream

Sont présentés aussi les fossiles (pierres qui photographient), rapidement mais avec l'avantage de mettre au même niveau les fossiles des animaux, des environnements (une pluie, des vagues, des empreintes) et des forêts. Pour plus de simplification, les pierres qui ont de l'énergie rassemblent aussi d'autres éléments que des pierres, les hydrocarbures (pétrole) ou les carbohydrates (charbons). Et puis il y a celles qui brillent, osent ou surprennent: les pierres précieuses ou semi-précieuses, celles aux dimensions impressionnantes, les dangereuses (l'amiante par exemple connue pour sa dangerosité depuis Pline l'ancien).

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Marion MONTAIGNE / Gulfstream

Et toujours, vous retrouvez des anecdotes humoristiques, des péridots à la place d'émeraudes, une cathédrale qui se désintègre, un éléphant en craie.
Les informations scientifiques sont présentes dans la description, le lieu de gisement mais aussi dans une approche d'histoire de la géologie (par exemple l'évolution de thèse sur la transformation des pierres: érosion de l'eau, Neptuniens, ou effets volcaniques, Plutoniens).
Et comme à chaque fois, l'anthropomorphisme fonctionne très bien pour rendre ce documentaire alléchant.

dimanche 29 octobre 2017

L'hiver ensorcelé de Moomin

Oserais-je le dire? Oui, j'aime énormément Tove JANSSON, ses nouvelles, son univers et les bandes dessinées préparées avec son frère Lars. Et pourtant je n'ai pas été complètement sous le charme des deux livres jeunesse lus: "Moomin le troll, le chapeau du magicien" et "Les mémoires de Papa Moomin". Les récits étaient décousus, et pourtant, que d'extraits magnifiques.
Mais voilà le tome qu'il me fallait: "L'hiver ensorcelé de Moomin" (ou "Un hiver dans la vallée de Moumine" ancienne version aux éditions Fernand Nathan) est d'une beauté du début à la fin. Plus lisible, toujours aussi poétique mais aussi plus fluide.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Moomin vit dans la vallée des Moomins avec sa famille, son père, sa mère, Mademoiselle Snorque. Et à chaque automne, ces trolls hippopotamesques ferment la maison, la calfeutrent et hibernent jusqu’au printemps en s'endormant dans leur lit.
Mais cette année Moomin se réveille en plein hiver. C'est une catastrophe, il fait froid, rien ne ressemble à sa vie normale, la vallée est méconnaissable. Il est seul, triste et ne souhaite qu'une chose, réveiller sa mère. Mais rien n'y fait.
Il rencontre Tou-ticki qui a pris ses quartiers dans le cabanon de bain de la famille Moomin. Elle parait sans gène, se servant des affaires des Moomins avec les musaraignes invisibles, ses amies. Et puis il y a cet écureuil un peu étourdi qui réveille la petite Mu, feu follet un peu égoïste. Et les autres qui ne trouvent pas de nourriture et ont appris que dans la vallée des Moomins il y avait une cave pleine de pots de confiture. Oui mais ce sont toutes les réserves de Maman Moomin. Peu à peu la vallée accueille tous les laissez pour compte.
"Que viennent les muets
seuls et timides
sauvages et tranquilles"
Et Moomin est désolé, nostalgique de son été, effrayé par cette population inconnue, respectueuse dans endormis mais pas forcément de leurs affaires. Ils sont nourris de soupes et de confitures. Et ne sont pas forcément aimables. Repartiront-ils au printemps? Et cet émule si peu agréable qui skie toute la journée?
Et que dira Maman Moomin de ces objets utilisés à d'autres fins et abimés, ou disparus, de cette vaisselle non faite, des pots de confiture vides, du banc du jardin parti pour un bucher de joie.

L'histoire nous entraine dans ces journées longues et noires. Très noires car durant quelques temps, des jours, des semaines, le soleil ne se lève pas. Nous découvrons la neige, les aurores boréales, la mer gelée, l'effrayante Dame de glace, la non moins mystérieuse Courabou. Tou-ticki est l'hôtesse de la saison, celle qui appelle les démunis, met en garde des dangers, accompagne Moomin. Son bonnet rouge marque la chaleur dans la saison, elle acclamera le printemps aussi, à sa manière. Avec elle, Moomin prend patience, de ce premier jour où le soleil reviendra, juste un peu. Elle est de celles que personne pense à remercier quand elle réchauffe les héros après leur aventure. Et puis il y a Maman Moumine, elle aussi réconfortante.
L'hiver est magnifié mais n'est pas doux: froid, luminosité, gel, manque de nourriture. L'auteure nous offre des sensations, des images, des bruits, de la festivité et de la musique. Les inconnus sont accueillis même incompris, les ancêtres ont leur place. Pendant un hiver la maison de Moomin a servi de décors à une autre vie qui ne semble pourtant pas parasitaire.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Voilà la force de Tove JANSSON: laissez à ces lecteurs/héros le temps d'appréhender les choses, seuls tout en étant accompagnés, leur laissez la liberté, celle aussi de se tromper et de voir le beau derrière la gêne. Les bons sentiments sont là mais ils ne sont pas seuls.
Et puis tout est poésie: un cheval de neige, une pêche sur un rocher sous la glace.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Tou-ticki et Mu, la sérénité et le grain de folie. Quoique: "Elle frottait les carreaux rouges et verts pour que la première mouche de l'été soit contente."


vendredi 20 octobre 2017

Littérature nordique

Au fil des pages ouvertes, des années, des lectures silencieuses ou pour le lutin, les auteurs nordiques viennent pas à pas fournir des éléments à mes rêves et réflexions. J'expliquerais peut-être un jour ce qui m'attire tant. Et je n'ai pas souvent parlé d'eux, peu de critiques, quelques extraits. Pourtant. Ici une liste avec je l'espère des liens qui se multiplieront.

* Carl LARSSON

Encore faut-il se mettre d'accord sur le terme nordique. Ici au sens le plus restreint, les pays de la Scandinave: Suède, Finlande, Islande, Norvège, Danemark. Je noterais les autres plus tard...

Romans/ Nouvelles: 
AMBJORNSEN Ingvar, "Elling" avec la découverte d'une causticité intime, une maladroitesse, une simplicité d'esprit ?! Perturbant!
BENGTSSON Jonas T., "A la recherche de la reine blanche": un père et son fils fuit de petits apparts en petits apparts, l'homme fait l'école à la maison à son fils, magnifique texte sur le lien père/ enfant, sur la transmission, l'intensité du moment, la littérature et le dessin. Un extrait de plusieurs pages revient souvent dans mes lectures à voix haute.
BIRGISSON Bergsveinn, "La lettre à Helga" extrait
ERNESTAM Maria, "Le peigne de Cléopâtre", un trio d'amis se regroupe pour créer une entreprise d'aide, toutes sortes d'aide. Entre éthique, ambition de vie, amitié.
ERNESTAM Maria, "Les oreilles de Buster": une lecture forte sur la relation empoisonnée entre une mère et sa fille, très très beau moment d'intensité et qui m'a tellement touché que je n'ai pas pu en parler.
ERNESTAM Maria, "Pattes de velours, œil de lynx", un voisinage et des relations nocives, où le chat est tout un symbole.
ERNESTAM Maria, "Toujours avec toi"
ESPEDAL Tomas, "Contre l'art" Un veuf égraine quelques mois de vie avec sa fille pour reprendre pied
JÄÄSKELÄINEN Pasi Ilmari , "Lumikko"

JANSSON Tove, "L'art de voyager léger et autres nouvelles", extrait, extrait
JANSSON Tove,"L'honnête tricheuse"
JANSSON Tove, "Le livre d'un été", extrait, extrait
LAGERLÖF Selma, "Le livre de Noël" extrait
OLAFSDOTTIR Audur Ava, "Rosa candida"
RIEL Jorn, "Un récit qui donne un beau visage" 
SJON, "Le garçon qui n'existait pas"
SJON, "Sur la paupière de mon père"
SJON, "Le moindre des mondes"
STEFANSSON Jon Kalman, "Entre ciel et terre" tome 1
STEFANSSON Jon Kalman, "La tristesse des anges" tome 2, extrait
STEFANSSON Jon Kalman, "Le cœur de l'homme" tome 3 extrait, extrait, extrait
VESAAS Tarjei, "Le vent du nord"
VESAAS Tarjei, "Palais de glace", deux gamines et leur amitié, l'intensité d'une vie et les peurs
VESAAS Tarjei, "Nuit de printemps"
VESAAS Tarjei, "Les oiseaux" et extrait
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 1, les limons vides"
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 2, les vivants aussi"
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 3, mon bien-aimé est à moi"
WASSMO Herbjorg, "Ces instants-là"extrait

*Tove JANSSON

Littérature jeunesse: Albums/ Romans/ Bandes dessinées:
ANDERSEN Hans Christian et illustré par CONCEJO Joanna, "Les cygnes sauvages"
ANDERSEN Hans Christian, "Contes"
HOLE Stian, "L'été de Garmann"
HOLE Stian, "Le secret de Garmann"
HOLE Stian, "La rue de Garmann"
HOLE Stian, "Le ciel d'Anna
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 2, les mémoires de Papa Moumine" extrait ou "Les mémoires de Papa Moomin" dans la nouvelle version
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 1" ou "Moomin, Le chapeau du magicien" dans la nouvelle version extrait
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 3, L'été dramatique de Moumine"
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 4, Un hiver dans la vallée de Moumine" ou nouvelle version: "L'hiver ensorcelé de Moomin"
JANSSON Tove et Lars, "Moomin et la comète" BD
JANSSON Tove et Lars, "Moomin et la mer" BD
JANSSON Tove, "Qui va rassurer le Tibou?"extrait
LAGERLÖF Selma, "Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède"
LIND Asa et illustré par LEROY Violaine, "Le loup des sables" et extrait extrait
LIND Asa et illustré par LEROY Violaine, "Le loup des sables- Encore lui"
LINDGREN Astrid, "Fifi Brindacier"
LINDGREN Astrid, "Fifi princesse" extrait
LINDGREN Astrid, "Fifi à couricoura"
LINDGREN Astrid et illustré par LOBEL Arnold, "Nadège et sa petite soeur adorée"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 1, le naufrage"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 2, les frères sanguinaires"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 3, le voyage"

...
sur un auteur scandinave en Bande dessinée:
"Andersen, les ombres d'un conteur"

mardi 17 octobre 2017

"Manon, vingt ans, les cheveux aile de corbeau, préfère la méchante reine à cette cruche de Blanche-Neige" - Les hommes meurent les femmes vieillissent


"Dans mon école d'esthétique, on nous a donné un dépliant avec les dix commandements de la beauté, c'est un peu crétin. Je les ai montrés à Alice et avec un crayon elle a écrit dessus: On dit aux petites filles qu'il faut souffrir pour être belle, on devrait leur apprendre la volupté. Arrêter avec la petite sirène. Il y a d'autres moyens de trouver un prince qu'en y laissant ses écailles."
(extrait de "Les hommes meurent les femmes vieillissent" d'Isabelle DESESQUELLES, éditions Belfond; illustration d'Arthur RACKHAM)

Dans les tiroirs adulte

* David LEVINE

Quelques catégories:
- Un peu d'actualité, les Opérations littéraires dont le Prix Landerneau ou l'opération Masse critique Babelio
- quelques thèmes: Cinquième rayon (sensualité, sexualité, les livres mis sur le rayon le plus reculé) ou à l'opposé Pédagogies ou apprentissages, mis devant pour aider les plus jeunes. Ou Spiritualité
- j'en ai parlé aussi ailleurs quelques autres billets de littérature adulte ou des billets sur les apprentissages et éveils (avec ou sans livre mais toujours avec supports et matériels)

mais aussi:
- Beaux livres
- Biographies
- Challenges blogs
- Essais
- Nouvelles
- Poèmes
- Récits
- Théâtre

Dans les tiroirs jeunesse

Faire du tri, pas encore de tri par le vide mais une autre manière de présenter les étagères.

*Norman Rockwell "Crackers in bed"

Ici la littérature jeunesse dont j'aime tant parler. Quelques pistes...

L'âge du lecteur:
- la catégorie "Maman ou Papa lit" : les livres lus par les parents, limite d'âge aucun et le plus tôt sera le mieux
- la catégorie "Je lis seul": à partir de 6 ans
- la catégorie "Premiers romans" : les premières propositions de lecture assez longue, à partir de 9 ans
- les "romans pour adolescents" sont un peu à part, pris seuls

Les thèmes abordés:
- L'adolescence
- L'alimentation
- L'amitié
- L'amour
- L'architecture
- L'art
- L'autisme
- L'autre
- L'aventure
- L'école
- L'écrit
- L'enfance
- L'histoire
- L'univers
- la beauté
- La communication
- La mort
- La musique
- La mythologie
- La nature
- La nuit
- La philosophie
- La propreté
- La religion
- La sagesse
- La temporalité
- La vie
- Le corps
- Le fantastique
- Le handicap
- Le monde
- Le respect
- Le voyage
- Les chats
- Les chevaliers
- les chevaux
- Les contes
- Les couleurs
- Les dangers
- Les dragons
- Les émotions
- Les filles
- Les garçons
- Les indiens
- Les légendes
- Les loups
- Les mathématiques
- Les monstres
- Les ogres
- Les parents
- Les pirates
- Les rêves
- Les sciences
- Noël

Les idées cadeaux:
- Spécial documentaires
- Spécial filles
Et j'ai aussi parlé ailleurs, voici ici quelques autres billets de littérature jeunesse

jeudi 28 septembre 2017

"Je n'étais peut-être rien" - Le loup des sables




- [...] Vous étiez partis faire du vélo et dormir sous la tente et je n'ai même pas eu le droit de venir!

- Mais c'était avant que tu sois là! expliqua son papa.
Avant qu'elle soit là? Zackarina observa plus attentivement la photo. Une tente, deux vélos. La forêt, le ciel et la pluie. Deux personnes heureuses, sans Zackarina, qui n'existait pas encore...
"Je n'étais nulle part", songea-t-elle, et elle se sentit incroyablement seule.
[...]
"Mais non, ce n'est pas possible", se reprit-elle. Ça semblait si triste et décevant de ne pas exister, puis soudain de se trouver dans le ventre de sa maman, de naître et de devenir enfin un bébé.
Un volcan peut-être? Une pierre?
"Non, pas moi, se dit-elle. Pas une pierre..."
[...]
J'étais le vent, pensa-t-elle. Le vent dans le ciel a soufflé sur la pluie, et la pluie est tombée pendant des centaines de jours, et tous les gens étaient fâchés car ils étaient trempés jusqu'aux os. Mais, dans une tente sous la pluie, deux personnes étaient heureuses. C'est comme ça que j'ai trouvé maman, et que maman m'a trouvée, puis ensemble nous avons trouvé papa."
- Et voilà comment je suis devenue ce que je suis, conclut Zackarina, songeuse.
- Comment?
- La photo dans la tente sous la pluie.
- Je l'aime bien, cette photo, souffla rêveusement son papa.
- Moi aussi, dit Zackarina."
(extrait de "Le loup des sables" de Asa LIND et illustré par Violaine LEROY, je vous disais tout le bien que j'en pensais; Bayard jeunesse)

mercredi 27 septembre 2017

"Alors, les yeux sur la caméra, elle parle" - Mariages de saison




"On est ce type de couple là. Celui qui ne retient pas l'attention. Celui dont on se demande s'il est venu à la soirée ou pas. [...] On a découvert cette fluidité qui est si rare autour de nous. Le mieux, c'est qu'ils ne nous envient pas. Ils ne sont pas jaloux. Je crois même qu'ils nous prennent en pitié parce que nous ne sommes pas flamboyants, que nous ne nous consumons pas dans les plaisirs, que nous ne sommes pas des feux d'artifice qu'ils pourraient admirer. Et nous les laissons nous regarder avec commisération parce que ça n'a aucune importance, n'est-ce pas? Discrètement, nous ferons le tour de notre monde, et nous irons plus loin qu'eux."

(extrait de "Mariages de saison" de Jean-Philippe BLONDEL; source photo, détail)

dimanche 3 septembre 2017

"Tout ce qu'exige une vie avec des petits enfants est pour nous une contrainte" - La mort d'un père


"Tous les enfants sont naturellement pleins de vie et aspirent à la joie, et pour peu qu'on ait l'énergie de les prendre du bon côté, ils oublient en quelques minutes caprices et colères. Ce qui me mine c'est de savoir qu'il suffirait effectivement de les prendre du bon côté mais d'en être profondément incapable quand la situation l'exige, comme si j'étais embourbé dans un marécage de frustration. Une fois tombé dedans, chaque pas ne fait que m'enfoncer davantage. Et ce qui me mine au moins autant, c'est de savoir que j'ai affaire à des enfants. Que ce sont des enfants qui me coulent. Il y a là quelque chose de profondément indigne. C'est dans ces situations-là que je ressemble le moins à l'être humain que je voudrais être. Je n'avais pas la moindre idée de tout cela avant d'avoir des enfants. Je croyais qu'il suffisait d'être bon avec eux pour que tout aille bien. Et, certes, c'est vrai aussi, mais rien de ce que j'avais vu jusque-là ne m'avait averti de la véritable intrusion que représentent les enfants dans une vie. L'incomparable proximité qu'on a avec eux et l'interaction de nos tempéraments, de nos humeurs font que nos pires défauts, ceux qu'on avait soigneusement gardés pour soi, ressortent et nous reviennent en pleine figure. La même chose vaut évidement pour nos qualités."
(extrait de "Mon combat, livre 1 La mort d'un père" de Karl Ove KNAUSGAARD; source photographie de Linda Mc Cartney où l'on aperçoit Paul Mc Cartney anxieux...)

jeudi 24 août 2017

Littérature estivale

En vacances, encore. Une semaine et hop une bronchite carabinée! Encore heureux que j'avais prévu de lire un peu... entre les quintes de toux et les états d'intense fébrilité,



Metin ARDITI "L'enfant qui mesurait le monde", un architecture s'exile dans une île grecque, celle où sa fille est morte. Il cherche la solitude et pourtant le village l'accueille et un couple mère-fils l'intrigue. Il revient à la vie en découvrant la beauté du paysage, en s'investissant auprès de ce garçon un peu particulier. Les actes des villageois pour cet enfant autiste épris de chiffres et de rituels et les reprises de l'amitié et de l'amour en font un beau roman.
Thomas LAVACHERY " Björn le morphir"*, après avoir lu le premier tome de la version BD dessinée par Thomas GILBERT, revenir à l'original. Une aventure incarnée par un héros qui ne paye pas de mine, Björn, timide, mou, pas très doué pour les armes dans ce monde de vikings courageux. Une "larve" emprisonnée avec les siens, famille, amis et serviteurs, dans la maison familiale. La tempête de neige bat son plein à l'extérieur. Et puis dans les moments les plus délicats, Björn rêve et se découvre un talent de combattant hors paire, c'est un morphir, un viking d'exception venant de nul part. Une belle aventure qui se poursuit dans d'autres tomes où les légendes nordiques se mêlent à une magnifique et fantastique ennemie: la neige, incarnée elle fait vraiment peur.
Jeanne BENAMEUR "Profanes", un médecin de 90 ans choisit de mettre de la distance entre lui et la mort, pas un discours médical, pas un discours sentimental. Seul dans sa grande maison, il s'entoure de quatre personnes qui viendront à son service sans s'effacer mais sans obligation de dialogue. Ce sont les profanes, chacun apportant son malaise à vivre, son appétit pourtant. Chacun en prise avec une langueur et le vieil homme avec ses souvenirs. Il se prépare à mourir et pourtant l'alchimie de ce magnifique quintet lui réapprend la vie.Sublime roman plein de poésie sur l'amour, la culpabilité à être en vie, la pulsion vitale, les souvenirs et le partage.


Malorie BLACKMAN "Entre chiens et loups tome 1"*, les rapports de pouvoir sont inversés, le monde est gouverné par la population noire, les primas, reléguant les blancs, les nihils, aux basses œuvres, aux éducations de mauvaises qualités et aux habitations mal famées. Mais Séphy aime Callum, son ami d'enfance. Elle noire, fille du premier ministre, lui blanc fils de la gouvernante. Et puis année après année la situation se dégrade, le racisme primaire laisse la place à une haine farouche, le fatalisme à du terrorisme. Comment faire quand tout vous sépare? Choisir les seules options convenues, choisir la révolution? Est-ce que l'amour survivra a ses conditions de vie? Une belle proposition pour les adolescents.
Victor DIXEN "Animale tome 1, La Malédiction de Boucle d'or", Blonde vit recluse dans un monastère. Elle est toute chétive, blanche comme transparente, ses lunettes aux carreaux bleus la mettant à l'abri de l'intensité de la lumière. Elle est la sous-fifre des autres pensionnaires qui ne font que passer ici avant d'être destinées à un mari. Blonde restera enfermée toute sa vie et pourtant. Une visite nocturne l'interpelle, des écrits la secouent, des compagnons artisans l'intriguent. Cette adolescente à la chevelure d'or n'est qu'une chrysalide qui s'ouvre sous nos yeux. Victor DIXEN est un talentueux auteur revisitant les contes de fées. Je l'ai suivi avec enthousiasme dans "Le cas Jack Spark", ici c'est la mièvrerie de Boucle d'or et les trois oursons qui vole en éclat. En s'appuyant sur des contes et légendes nordiques, Blonde se révèle femme et animale, puissante et condamnée. Encore une version à dévorer, ce premier tome se suffit à lui-même mais il est suivi d'une version de la reine des neiges.
Christelle DABOS "La Passe Muraille tome 1, Les fiancés de l'hiver"* (* quoiqu'il existe en format adulte avec le texte inchangé). Ophélie est une héroïne toute ordinaire, mal fagotée, très maladroite, pas engageante, avec aucune ambition autre que de rester tranquillement chez elle. Sauf qu'elle est une liseuse, ses mains savent lire l'histoire des objets et une impression du vécu des humains qui les ont utilisés. Par un mystère incroyable elle est choisie pour devenir la princesse d'une autre contrée, elle aussi terre-espace flottant autour du noyau du monde. Chaque parcelle est gouverné par un esprit, elle va devoir suivre son fiancée Thorn le dragon au Pôle.
Ce roman est foisonnant d'inventivité, de fantaisie. Ophélie est prise au piège de mœurs complètement farfelues et d'intrigues où sa vie ne vaut pas grand chose, ou peut-être que si justement. Chaque page vous entraine dans les stratégies perverses de ces êtres pas si humains aux pouvoirs étranges et effroyables. C'est bien mené!
Timothée de FOMBELLE "Tobie Lolness tome 1"*, un adolescent pas plus gros qu'une punaise vit dans un grand chêne avec sa famille. Son père est un scientifique et intellectuel reconnu jusqu'au jour où ses recherches le poussent à plus de vigilance: la vie sur l'arbre serait en danger et une vie existerait en dehors de l’arbre: hérésie. Ils sont exilés et le gouvernement de l'arbre se durcit, une dictature se met en place et le danger est encore plus grand, à long terme pour tous les habitants et à court terme, il faut enfermés les Lolness, découvrir leur dernière invention et les faire taire. Tobie Lolness se sauve et découvre un pan de la vérité. Cela donne vraiment envie du second tome!

Oui beaucoup de mes lectures sont destinées à la jeunesse ou pour les ado mais il n'empêche, ce fut bon! (Je leur ai mis un astérix!)
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Il manque les bandes dessinées, elles suivront...